Quand une entreprise évalue ses risques psychosociaux, elle range souvent ce qu’elle observe dans six familles. Cette grille n’a pas été inventée par un consultant : elle vient d’un rapport publié par le ministère du Travail en avril 2011, celui du Collège d’expertise sur le suivi des risques psychosociaux au travail.
Les facteurs de risques psychosociaux sont les caractéristiques du travail qui peuvent abîmer la santé de ceux qui le font. Le rapport les regroupe « autour de six axes » : l’intensité du travail et le temps de travail, les exigences émotionnelles, une autonomie insuffisante, la mauvaise qualité des rapports sociaux au travail, les conflits de valeurs et l’insécurité de la situation de travail.
Une grille tirée de la littérature scientifique
Le collège n’a pas tiré ces catégories de son chapeau. Les facteurs qu’il retient sont ceux « mis en évidence par la littérature scientifique », écrit-il. L’INRS repart de la même base : « sur la base des travaux d’un collège d’experts internationaux, il a été proposé de les regrouper en six catégories ».
Chaque axe couvre des situations concrètes. Pour le premier, l’INRS cite les contraintes de rythme, « l’existence d’objectifs irréalistes ou flous », les instructions contradictoires, les longues journées de travail ou l’imprévisibilité des horaires. Le dernier, l’insécurité de la situation de travail, recouvre selon le ministère du Travail la précarité d’un contrat, les retards de salaire ou un « changement de qualification ou de métier sans y être préparé ». Pour les rapports sociaux, le ministère décrit à l’inverse ce qui protège : « une vision claire des tâches à accomplir », une solidarité entre collègues, des espaces de discussion et « un encadrement de proximité actif pour animer l’équipe, organiser les tâches et gérer les difficultés ».
Ce que le ministère du Travail demande d’en faire
La grille sert à évaluer, et le ministère du Travail fixe une méthode. Il faut rendre compte du résultat « par unité de travail, qu’il s’agisse d’une unité géographique ou d’un métier, ou toute autre approche pertinente », car les facteurs de risques « permettent d’explorer avec les travailleurs les caractéristiques de l’organisation de leur travail ». Le ministère liste ensuite les six axes à traiter : les exigences au travail, les exigences émotionnelles, le manque d’autonomie et de marges de manœuvre, les mauvais rapports sociaux et relations de travail, les conflits de valeur et la qualité empêchée, l’insécurité de la situation de travail.
Les salariés ne restent pas spectateurs. Les instances représentatives du personnel, précise le ministère, « devront être consultées au cours des différentes étapes de la démarche ».
Un questionnaire ne suffit pas
Dans une entreprise aux effectifs importants, le diagnostic peut partir de questionnaires. Le ministère ajoute que ces résultats chiffrés « sont à compléter par des données qualitatives : questions ouvertes, entretiens, observations de terrain, etc. ». L’INRS, qui a analysé une quarantaine de questionnaires pour aider les entreprises à choisir le leur, rappelle qu’ils « doivent dans tous les cas être complétés par d’autres méthodes ». Le collège donnait même un ordre pour choisir les questions : d’abord celles « des questionnaires pleinement validés et à large usage », puis celles des principaux questionnaires internationaux, enfin celles des « questionnaires français de qualité ».
Le rapport de 2011 le disait déjà. Olystic Works, cabinet indépendant de prévention des risques psychosociaux, reprend sur olysticworks.com, dans un article consacré aux facteurs du rapport, l’avertissement du collège : « se borner à un suivi statistique sans réaliser d’observations qualitatives risquerait donc de conduire à une utilisation des statistiques manquant de pertinence ».
Du diagnostic au plan d’actions
L’évaluation n’est pas une fin en soi. Pour l’INRS, l’étape suivante consiste à comprendre les conditions d’exposition des salariés et à « repérer ce qui fonctionne bien et qui doit être préservé », à partir de situations de travail concrètes. Ce temps d’analyse est, selon l’institut, « incontournable pour éviter la mise en œuvre de solutions « toutes faites » ».
Le plan d’actions vient ensuite. Il doit « porter sur des actions centrées sur le travail », comme adapter le travail demandé aux capacités et aux ressources des salariés. L’INRS rappelle enfin que la démarche « est du ressort de l’employeur ». Une entreprise qui manque de temps, de compétences ou de recul peut faire appel à un cabinet-conseil, en particulier pour le travail d’analyse.
Par où commencer
Pour une entreprise qui découvre la grille, le plus simple est de partir des six axes du ministère, unité de travail par unité de travail. Les signaux d’alerte aident à choisir où regarder d’abord : pour le ministère du Travail, « l’absentéisme, le turnover élevé ou encore la détérioration du climat social » doivent faire l’objet d’une évaluation. Il reste alors à croiser deux sources : ce que disent les questionnaires, et ce que racontent les salariés en entretien ou sur le terrain.
Sources
- Collège d’expertise sur le suivi des risques psychosociaux au travail – Mesurer les facteurs psychosociaux de risque au travail pour les maîtriser (2011) : https://travail-emploi.gouv.fr/sites/travail-emploi/files/files-spip/pdf/rapport_SRPST_definitif_rectifie_11_05_10.pdf
- Ministère du Travail – La prévention des risques psychosociaux (RPS) (2024) : https://travail-emploi.gouv.fr/la-prevention-des-risques-psychosociaux-rps
- Ministère du Travail – Santé mentale et travail : boîte à outils (2026) : https://travail-emploi.gouv.fr/sante-mentale-et-travail-boite-outils
- INRS – Facteurs de risques psychosociaux (non daté, consulté en 2026) : https://www.inrs.fr/risques/psychosociaux/facteurs-risques.html
- INRS – Questionnaires d’évaluation des risques psychosociaux (non daté, consulté en 2026) : https://www.inrs.fr/risques/psychosociaux/questionnaires.html
- INRS – Démarche de prévention des risques psychosociaux (non daté, consulté en 2026) : https://www.inrs.fr/risques/psychosociaux/prevention.html