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Définition

RUPTURE CONVENTIONNELLE

définition, procédure et indemnités

L’essentiel à retenir

La rupture conventionnelle est un mode de rupture amiable du CDI, distinct du licenciement et de la démission. Elle nécessite le consentement libre des deux parties, le respect d’un délai de rétractation de 15 jours calendaires et l’homologation par la DREETS. Le salarié perçoit une indemnité au moins égale à l’indemnité légale de licenciement et ouvre droit aux allocations chômage.

 

Créée par la loi du 25 juin 2008, la rupture conventionnelle s’est imposée comme le troisième pilier de la fin du contrat de travail, aux côtés du licenciement et de la démission. Avec environ 500 000 homologations par an selon les données récentes de la DARES, elle est devenue le mode de séparation privilégié lorsque employeur et salarié souhaitent mettre fin à leur relation de travail sans conflit. Pour les professionnels RH, c’est un outil de gestion des départs qui allie souplesse procédurale et sécurité juridique.

Définition de la rupture conventionnelle

Un mode de rupture autonome du CDI

La rupture conventionnelle est définie par l’article L1237-11 du Code du travail comme une convention par laquelle l’employeur et le salarié en CDI conviennent d’un commun accord des conditions de la rupture du contrat de travail qui les lie. Elle ne peut être imposée par l’une ou l’autre des parties et constitue un mode de rupture exclusif : elle n’est ni un licenciement, ni une démission.

Ce caractère autonome est fondamental. Il signifie que la rupture conventionnelle ne nécessite pas de motif (pas de cause réelle et sérieuse comme le licenciement, pas de volonté unilatérale comme la démission). Elle repose sur la seule volonté partagée de mettre fin au contrat.

Rupture conventionnelle individuelle et collective

Il existe deux formes distinctes. La rupture conventionnelle individuelle (articles L1237-11 à L1237-16) concerne un accord entre un employeur et un salarié. La rupture conventionnelle collective (articles L1237-19 à L1237-19-14), créée par les ordonnances Macron de 2017, permet à une entreprise de proposer des départs volontaires dans le cadre d’un accord collectif, sans motif économique obligatoire. Cette fiche traite principalement de la rupture conventionnelle individuelle.

infographie rupture conventionnelle

Conditions et éligibilité

Qui peut bénéficier d’une rupture conventionnelle ?

La rupture conventionnelle est ouverte à tout salarié en CDI, sans condition d’ancienneté ni de motif. Elle est en revanche exclue dans certaines situations :

  • pendant la période d’essai
  • dans le cadre d’un accord de gestion prévisionnelle des emplois et des compétences (GEPP) ou d’un plan de sauvegarde de l’emploi (PSE)
  • en cas de fraude ou de vice du consentement (pression, harcèlement)

Les salariés protégés (représentants du personnel, délégués syndicaux) peuvent conclure une rupture conventionnelle, mais celle-ci est soumise à l’autorisation préalable de l’inspecteur du travail, et non à la simple homologation par la DREETS.

Le consentement libre : condition absolue

La Cour de cassation veille strictement au caractère libre et éclairé du consentement. Une rupture conventionnelle signée sous la pression, dans un contexte de harcèlement moral avéré ou de menaces de licenciement, peut être annulée par le juge. L’existence d’un différend entre les parties ne suffit pas, en soi, à invalider la convention — mais ce différend ne doit pas avoir vicié le consentement.

Procédure étape par étape

Étape 1 : l’entretien préalable

L’article L1237-12 du Code du travail impose au moins un entretien entre les parties. Aucun formalisme n’est requis pour la convocation (pas de lettre recommandée obligatoire), mais un écrit est recommandé pour des raisons de preuve. Le salarié peut se faire assister par un membre du personnel de l’entreprise ou, en l’absence de représentants du personnel, par un conseiller extérieur inscrit sur la liste préfectorale.

Étape 2 : la signature de la convention

Les parties fixent d’un commun accord la date de rupture du contrat et le montant de l’indemnité spécifique. La convention est rédigée sur le formulaire Cerfa n° 14598*01 (ou via le téléservice TéléRC). Elle doit être signée par les deux parties et un exemplaire remis au salarié — à défaut, la convention est nulle.

Étape 3 : le délai de rétractation

Chaque partie dispose d’un délai de rétractation de 15 jours calendaires à compter du lendemain de la date de signature. La rétractation se fait par lettre adressée à l’autre partie par tout moyen attestant de sa date de réception (lettre recommandée avec AR, remise en main propre contre décharge). Aucun motif n’est à fournir. Si le dernier jour du délai tombe un samedi, dimanche ou jour férié, il est prorogé au premier jour ouvrable suivant.

Étape 4 : l’homologation par la DREETS

À l’expiration du délai de rétractation, la demande d’homologation est adressée à la DREETS (direction régionale de l’économie, de l’emploi, du travail et des solidarités) via le téléservice TéléRC. La DREETS dispose de 15 jours ouvrables pour vérifier le respect de la procédure et la liberté du consentement. Le silence vaut homologation. Le contrat de travail ne peut prendre fin avant le lendemain du jour de l’homologation.

Calcul de l’indemnité de rupture conventionnelle

Le minimum légal

L’indemnité spécifique de rupture conventionnelle ne peut être inférieure à l’indemnité légale de licenciement prévue par l’article L1234-9 du Code du travail, soit :

Ancienneté Indemnité minimale
Jusqu’à 10 ans 1/4 de mois de salaire par année d’ancienneté
Au-delà de 10 ans 1/3 de mois de salaire par année au-delà de 10 ans

Si la convention collective prévoit une indemnité de licenciement plus favorable, c’est ce montant qui sert de plancher. En pratique, la négociation aboutit souvent à une indemnité supérieure au minimum légal, les deux parties ayant intérêt à conclure rapidement sans passer par un contentieux.

Le régime fiscal et social

L’indemnité de rupture conventionnelle est exonérée de cotisations sociales et d’impôt sur le revenu dans la limite du plus élevé de ces trois montants : le montant de l’indemnité légale ou conventionnelle de licenciement, deux fois la rémunération annuelle brute de l’année civile précédente, ou deux fois le plafond annuel de la sécurité sociale (PASS). Depuis le 1er septembre 2023, une contribution patronale spécifique de 30 % s’applique sur la fraction exonérée de l’indemnité (article L137-1-1 du Code de la sécurité sociale).

Délai de rétractation et homologation DREETS

Calendrier type d’une rupture conventionnelle

Étape Durée Détail
Entretien(s) Variable Au moins 1 entretien, souvent 2 à 3
Signature de la convention J Date de début des délais
Délai de rétractation J+1 à J+15 15 jours calendaires, chaque partie peut se rétracter
Demande d’homologation J+16 Envoi à la DREETS via TéléRC
Instruction DREETS J+16 à J+31 15 jours ouvrables, silence vaut homologation
Fin de contrat possible J+32 au plus tôt Lendemain de l’homologation

Le délai incompressible entre la signature et la fin effective du contrat est donc d’environ un mois. En pratique, la date de rupture est souvent fixée plus tard pour permettre une passation des dossiers et un départ dans de bonnes conditions.

Rupture conventionnelle et chômage

L’ouverture des droits à l’ARE

Contrairement à la démission, la rupture conventionnelle ouvre droit aux allocations d’aide au retour à l’emploi (ARE) versées par France Travail. Le salarié doit remplir les conditions générales d’ouverture de droits (durée minimale d’affiliation, inscription comme demandeur d’emploi). L’indemnisation débute après application des délais de carence (carence congés payés + différé spécifique lié à l’indemnité supra-légale, plafonné à 150 jours) et du délai d’attente de 7 jours.

Montant et durée de l’indemnisation

Le montant de l’ARE est calculé selon les mêmes règles que pour un licenciement : environ 57 % du salaire journalier de référence, avec un plancher minimal. La durée d’indemnisation dépend de la durée d’affiliation et de l’âge du demandeur d’emploi, selon les règles en vigueur de l’assurance chômage.

Différences avec la démission et le licenciement

Critère Rupture conventionnelle Démission Licenciement
Initiative Conjointe (accord mutuel) Salarié seul Employeur seul
Motif requis Aucun Aucun Cause réelle et sérieuse
Indemnité de rupture Oui (minimum légal de licenciement) Non Oui (légale ou conventionnelle)
Droit au chômage Oui Non (sauf cas légitimes) Oui (sauf faute lourde)
Préavis Non (date négociée) Oui (durée conventionnelle) Oui (sauf faute grave/lourde)
Homologation administrative Oui (DREETS) Non Non

La rupture conventionnelle cumule les avantages des deux autres modes de rupture : la souplesse de la démission (pas de motif, pas de préavis) et la protection du licenciement (indemnité, chômage). C’est ce qui explique son succès croissant auprès des salariés comme des employeurs.

Questions fréquentes sur la rupture conventionnelle

Qu'est-ce qu'une rupture conventionnelle ?

La rupture conventionnelle est un accord amiable entre employeur et salarié en CDI pour mettre fin au contrat de travail. Elle ouvre droit à une indemnité spécifique et aux allocations chômage.

Le salarié a-t-il droit au chômage après une rupture conventionnelle ?

Oui, contrairement à la démission, la rupture conventionnelle ouvre droit aux allocations d’aide au retour à l’emploi (ARE) versées par France Travail, sous réserve de remplir les conditions d’affiliation.

Quel est le montant minimum de l'indemnité de rupture conventionnelle ?

L’indemnité ne peut être inférieure à l’indemnité légale de licenciement : 1/4 de mois de salaire par année d’ancienneté jusqu’à 10 ans, puis 1/3 au-delà. Le montant conventionnel s’applique s’il est plus favorable.

Combien de temps dure la procédure de rupture conventionnelle ?

Le délai incompressible est d’environ un mois : 15 jours calendaires de rétractation après la signature, puis 15 jours ouvrables d’instruction par la DREETS. Le contrat prend fin au plus tôt le lendemain de l’homologation.

L'employeur peut-il refuser une rupture conventionnelle ?

Oui, la rupture conventionnelle repose sur le consentement mutuel. L’employeur comme le salarié sont libres de refuser sans avoir à motiver leur décision. Aucune des deux parties ne peut l’imposer.

La rupture conventionnelle est-elle possible pendant un arrêt maladie ?

Oui, la rupture conventionnelle peut être conclue pendant un arrêt maladie, à condition que le consentement du salarié soit libre et éclairé. La Cour de cassation exige que la situation de vulnérabilité n’ait pas vicié le consentement.

Sources

Code du travail, articles L1237-11 à L1237-16 (rupture conventionnelle).
DARES, « Les ruptures conventionnelles en France — statistiques annuelles », 2024.
Service-public.fr, « Rupture conventionnelle du CDI », fiche pratique, 2024.

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