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Chaque été, les fortes chaleurs relancent la même question dans les entreprises : peut-on arrêter de travailler ? Le salarié qui a trop chaud veut savoir s’il risque une sanction et à partir de quelle température il peut partir.

Cet article explique quand ce droit s’applique à la chaleur, comment l’exercer et ce qu’il change pour le salaire.

Infographie — droit de retrait chaleur
Infographie — droit de retrait chaleur

Qu’est-ce que le droit de retrait face à la chaleur ?

Le droit de retrait permet au salarié d’alerter son employeur, puis de quitter son poste, s’il a un motif raisonnable de penser qu’il court un danger grave et imminent.

« Grave » veut dire qu’il peut causer la mort ou une incapacité durable. « Imminent » veut dire qu’il peut se produire vite. La loi est stricte sur ces deux mots.

À elle seule, une forte chaleur ne déclenche pas le droit de retrait. Il faut une situation de travail précise, jugée dangereuse.

Le droit d’alerte signale le danger ; le retrait vient après. Un arrêt maladie, lui, suspend le travail : c’est un autre dispositif, détaillé dans arrêt de travail prolongé et délais d’indemnités. Dans le doute, écrivez à l’employeur avant de partir.

Quelles conditions faut-il réunir pour se retirer ?

Une forte chaleur ne suffit pas : le motif s’apprécie concrètement au moment du retrait. Une cour d’appel a rejeté le retrait d’un salarié exposé à 38 °C, car de l’eau et des pauses étaient disponibles.

Un aide-couvreur sur les toits, lui, a obtenu la reconnaissance de son retrait. Tout dépend donc des conditions réelles, pas du thermomètre.

En cas de malaise lié à la chaleur, voyez accident travail qui paie. Pour se retirer, il faut réunir les conditions suivantes :

  • Un motif raisonnable de craindre pour sa santé ou sa vie.
  • Un retrait seul ou à plusieurs, chacun ayant son propre motif.
  • Aucun danger grave et imminent créé pour un autre salarié.
  • Se mettre en sécurité sans exposer autrui à un risque comparable.

Quelle température maximale au travail ?

Repères de prévention de l’INRS

Le Code du travail ne fixe pas de température maximale au-delà de laquelle il serait interdit de travailler. Ça surprend souvent.

En revanche, les locaux fermés doivent être maintenus, en toute saison, à une température adaptée au travail qu’on y fait et à leur environnement. Si un local est trop chaud en été, c’est un point à signaler à l’employeur.

Les repères de prévention de l’INRS ne sont pas des seuils de droit de retrait : ils servent à renforcer la prévention.

Critère Activité sédentaire Travail physique
Repère de température À partir de 30 °C À partir de 28 °C
Rôle du repère Renforcer la prévention Renforcer la prévention
Droit de retrait automatique Non Non

Facteurs qui modifient le risque

Une même température ne se supporte pas pareil selon les conditions. L’humidité, un air immobile, le soleil direct, l’effort et les vêtements épais augmentent la contrainte sur le corps.

Fatigue, sueurs abondantes, maux de tête, vertiges ou crampes doivent alerter. Une peau sèche, rouge et chaude, ou une confusion peut signaler un coup de chaleur. Il faut alors appeler le 15 ou le 112. Mieux vaut appeler que deviner.

Exercer son droit de retrait : la procédure

Il faut alerter l’employeur sans attendre, par tout moyen. La loi ne fixe pas de délai en minutes.

En urgence, on parle d’abord, puis un courriel est préférable sans être obligatoire. Ensuite on décrit le danger et on quitte le poste, sans demander la permission. Attendre l’accord, c’est l’erreur la plus courante.

Le CSE et l’inspection du travail ont un rôle dans cette procédure. Si une sanction suit le retrait, la procédure et les délais de l’entretien préalable au licenciement s’appliquent. Les points à connaître :

  • Le CSE consigne l’alerte, datée et signée, dans son registre.
  • Lorsque l’alerte émane d’un membre du CSE et fait état d’une cause de danger grave et imminent, l’employeur doit réunir le CSE sous 24 heures ; ce délai ne s’applique pas automatiquement à toute alerte individuelle d’un salarié.
  • Le 0 806 000 126 est le numéro national de renseignement en droit du travail ; un signalement à l’inspection du travail s’adresse à l’unité départementale ou à l’agent compétent, selon les coordonnées locales.
  • La reprise ne peut pas être exigée tant que le danger persiste.

Quels éléments consigner, et quelles erreurs éviter ?

Pour étayer le motif, il faut consigner la date, l’heure, le poste, les tâches et le danger craint, ainsi que la température près du poste et l’heure de la mesure.

Les symptômes ressentis, l’exposition au soleil et la ventilation comptent aussi. Le plus solide reste une copie de l’alerte, à garder dans tous les cas.

Trois erreurs affaiblissent l’alerte ou le retrait :

  • Dire seulement qu’il fait chaud, sans décrire les conditions concrètes qui font craindre un danger grave et imminent.
  • Partir sans prévenir l’employeur, sauf si l’urgence impose d’abord la mise en sécurité.
  • Étendre le retrait au-delà de la situation dangereuse, ou créer un nouveau danger grave et imminent pour autrui.

Le salaire est-il maintenu pendant le retrait ?

Si le retrait est justifié, l’employeur doit maintenir le salaire. Aucune retenue ni sanction ne peut être prise pour ce retrait. Bonne nouvelle sur ce point : l’argent n’est pas ce qui bloque.

Le vrai enjeu reste le motif. C’est pour cela qu’il faut noter ce qu’on constate avant de partir.

Si le juge estime le retrait injustifié, l’employeur peut retenir le salaire non travaillé et engager une procédure disciplinaire.

En cas de sanction, le salarié peut saisir le conseil de prud’hommes. Pour un licenciement, le délai de contestation est d’un an à compter de sa notification.

Le plus sûr est donc de noter les faits avant de quitter le poste.

Que doit faire l’employeur pendant un épisode de chaleur intense ?

Évaluation et mesures de prévention

Depuis le 1er juillet 2025, l’employeur doit évaluer les risques liés aux épisodes de chaleur intense, dans les locaux comme en extérieur. Ce n’est pas une option : c’est une obligation légale.

Si l’évaluation révèle un risque, il faut définir des mesures de prévention, et le DUERP, le document unique d’évaluation des risques, en consigne les résultats.

Heureusement, l’employeur dispose de plusieurs leviers pour limiter l’exposition :

  • Des procédés qui évitent la chaleur, ou des locaux et postes aménagés pour la réduire.
  • Des horaires décalés vers les heures moins chaudes, avec des pauses plus fréquentes.
  • De l’ombre, de la ventilation, des zones fraîches pour se reposer, et moins de rayonnement solaire.
  • La rotation des tâches, pour éviter de rester longtemps au poste le plus exposé.

Eau, équipements et formation

L’employeur met à disposition de l’eau potable et fraîche. Il fournit aussi des équipements adaptés pour garder une température corporelle stable, ainsi que des protections contre la chaleur et le soleil.

Il forme et informe les salariés sur la conduite à tenir face à la chaleur et sur l’usage des protections, et prépare l’organisation des secours. Une formation donnée le jour de la canicule arrive trop tard.

La chaleur seule ne suffit pas : il faut un motif raisonnable de penser qu’une situation de travail présente un danger grave et imminent. Le salarié alerte son employeur, puis peut se retirer de la situation de travail dangereuse s’il a ce motif, en quittant son poste ou en refusant de s’y installer, sans créer de nouveau danger grave et imminent pour autrui.

Le prochain pas, c’est noter ce qu’on constate avant de partir : date, heure, poste. Le motif compte plus que le thermomètre.

Foire aux questions

La canicule est-elle une intempérie au sens du droit du travail ?

Non, la canicule n’est pas une intempérie qui ouvre droit au retrait à elle seule.

Le salarié doit craindre raisonnablement un danger grave et imminent dans sa situation de travail. Le mot fait penser à la pluie, mais seul le danger au poste compte.

Un salarié intérimaire peut-il exercer son droit de retrait pour chaleur ?

Oui. Un intérimaire a le même droit de retrait qu’un salarié en CDI, s’il craint raisonnablement un danger grave et imminent pour sa vie ou sa santé. Il prévient l’entreprise utilisatrice, c’est-à-dire celle où il est affecté, ou son représentant.

Le droit de retrait pour chaleur est-il applicable en télétravail ?

Oui, mais à une condition : la situation de travail doit présenter un danger grave et imminent pour la santé ou la vie du salarié.

Le télétravailleur a les mêmes droits que celui qui travaille dans les locaux, et la chaleur seule ne suffit pas.