Dans un contexte où le marché de l’emploi gabonais présente des défis considérables avec un taux de chômage des jeunes atteignant près de 40%, les entreprises doivent repenser leurs approches traditionnelles de recrutement. Face à cette réalité et à la pénurie de compétences adaptées aux besoins économiques du pays, une stratégie émergente se révèle particulièrement efficace : former avant de recruter. Cette approche proactive permet aux organisations d’anticiper leurs besoins, d’adapter les profils aux postes spécifiques et de créer un lien privilégié avec les futurs collaborateurs dès la phase de pré-embauche.
L’intérêt stratégique de former en amont
Un gain de temps précieux dans le processus de recrutement
Plutôt que de passer des mois à rechercher le candidat idéal qui possède déjà toutes les compétences requises, former avant de recruter permet de considérablement élargir le vivier de candidats potentiels. Cette approche révolutionnaire transforme des profils prometteurs en collaborateurs opérationnels, réduisant ainsi les délais de recrutement de 30 à 50% selon les secteurs d’activité.
Au Gabon, où 45% des demandeurs d’emploi ont entre 26 et 35 ans, cette stratégie permet de puiser dans ce vivier important de candidats motivés mais parfois sous-qualifiés pour des postes spécifiques. Des plateformes innovantes comme PassEmploi241 facilitent justement cette mise en relation entre entreprises et talents à former, permettant aux employeurs de repérer des profils à potentiel et de contribuer à des parcours de formation adaptés aux besoins réels du marché gabonais.
Recrutement traditionnel | Former avant de recruter |
---|---|
Recherche longue (3-6 mois) | Identification rapide des potentiels |
Adaptation lente au poste | Opérationnalité immédiate |
Risque d’inadéquation | Formation sur mesure |
Turnover élevé | Fidélisation renforcée |
Coût de recrutement élevé | ROI optimisé |
Les entreprises qui adoptent cette stratégie constatent une diminution significative du temps de prise de poste. Contrairement aux recrutements traditionnels où l’adaptation peut prendre plusieurs mois, les candidats pré-formés arrivent avec une connaissance précise des attentes du poste et de l’environnement de travail spécifique à l’entreprise.
Une adaptation parfaite au poste et à la culture d’entreprise
La formation pré-embauche représente un investissement stratégique dans l’adéquation compétences-poste, particulièrement crucial dans le contexte gabonais où l’inadéquation entre formation et besoins du marché constitue l’une des principales causes du chômage. En modelant les compétences selon ses besoins exacts, l’entreprise s’assure que le futur collaborateur maîtrise non seulement les aspects techniques du poste, mais comprend également les enjeux stratégiques et culturels de l’organisation.
Chiffre clé : Les diplômés de l’enseignement technique ont un taux de chômage de 10% contre 20% pour ceux de l’enseignement général, démontrant l’importance d’une formation adaptée aux besoins économiques réels.
Un levier puissant de fidélisation
Former un candidat avant son embauche crée un lien privilégié et un sentiment d’appartenance dès les premières interactions. Cet investissement initial génère une reconnaissance qui se traduit par une fidélisation accrue. Dans le contexte économique gabonais, où la rétention des talents constitue un enjeu majeur, cette stratégie répond aux attentes des nouvelles générations qui recherchent des employeurs investis dans leur développement professionnel.
Identifier les besoins en compétences : les leviers incontournables
La gestion prévisionnelle des compétences adaptée au contexte gabonais
Bien que la Gestion Prévisionnelle des Emplois et des Compétences (GPEC) ne soit pas une obligation légale au Gabon comme en France, l’adoption volontaire de cette démarche constitue le socle de toute stratégie de formation pré-embauche efficace. Cette approche permet de cartographier les compétences existantes et d’identifier les écarts avec les besoins futurs de l’entreprise, particulièrement crucial dans les huit secteurs stratégiques identifiés par le gouvernement :
- Agriculture
- Mines
- Bois
- Pêche
- Écotourisme
- Numérique
- Énergie
- Infrastructures
Le nouveau Code du travail gabonais de 2021 encourage cette démarche en reconnaissant « l’importance du rôle de l’employeur et du travailleur dans le développement de l’économie nationale » et en favorisant « l’intégration et la promotion du travailleur au sein de l’entreprise, ainsi que sa participation à la planification et à la gestion de la production ».
Le dialogue social comme source d’intelligence collective
L’implication des représentants du personnel et des managers de terrain dans l’identification des besoins en compétences apporte une vision opérationnelle indispensable. Dans le contexte gabonais, où les secteurs porteurs comme les BTP (+14,9% de croissance en 2024), les mines et le bois connaissent des transformations rapides, ces acteurs peuvent identifier les évolutions technologiques, réglementaires ou organisationnelles qui impacteront les compétences nécessaires.
L’observation terrain : anticiper les besoins sectoriels
Au-delà des outils formels, l’observation continue des évolutions métier constitue une source précieuse d’information sur les besoins émergents en compétences. Cette veille opérationnelle s’avère particulièrement pertinente dans les secteurs en expansion au Gabon :
- L’agriculture avec le programme GRAINE et les zones agricoles à productivité (ZAP)
- L’industrie du bois en cours d’industrialisation vers la 2ème et 3ème transformation
- Le secteur minier avec les nouveaux projets d’exploitation du manganèse, fer et or
- Les infrastructures avec les projets de modernisation des transports et de l’énergie
Pistes de mise en œuvre concrètes
La formation interne : valoriser l’expertise gabonaise
La formation interne organisée par l’entreprise représente souvent la solution la plus adaptée pour transmettre des savoir-faire spécifiques au contexte gabonais. Cette approche mobilise les compétences des salariés experts pour former les futurs collaborateurs aux particularités de l’organisation et du marché local.
Les avantages de la formation interne sont particulièrement marqués au Gabon :
- Transmission directe de la culture et des méthodes spécifiques à l’entreprise
- Adaptation aux réalités du marché gabonais et des pratiques locales
- Coûts maîtrisés dans un environnement économique où l’optimisation des ressources est cruciale
- Valorisation des collaborateurs expérimentés dans un rôle de formateur
Les partenariats avec les institutions de formation gabonaises
Le Gabon dispose d’un écosystème de formation technique et professionnelle particulièrement adapté à cette démarche. Les entreprises peuvent développer des partenariats stratégiques avec :
L’École Normale Supérieure de l’Enseignement Technique (ENSET)
Principal établissement de formation des formateurs techniques au Gabon, l’ENSET propose des formations dans les domaines du génie (électrique, mécanique, civil, bois), du tertiaire et des sciences industrielles. L’établissement développe actuellement des partenariats innovants avec des universités comme l’ULN (Université de Libreville Nord) pour mieux adapter les formations aux besoins du marché.
Les Centres de Formation et de Perfectionnement Professionnel (CFPP)
8 centres répartis sur le territoire national :
- Libreville
- Port-Gentil
- Oyem
- Makokou
- Tchibanga
- Koulamoutou
- Franceville
Formations proposées :
- Mécanique et électricité
- Chaudronnerie-soudure
- Boulangerie-pâtisserie
- Secrétariat-bureautique
Les nouveaux instituts spécialisés
Le gouvernement a créé en 2025 trois nouveaux instituts pour professionnaliser la formation :
- Institut de Formation des Professeurs d’Écoles (IFPE)
- Institut de Formation aux Métiers de l’Éducation (IFME)
- Institut de Formation à l’Enseignement Technique et Professionnel (IFETP)
Initiatives sectorielles : l’exemple du bois et des BTP
En août 2025, 16 entreprises des secteurs du bois et des BTP ont signé des conventions avec le Centre de formation et d’enseignement professionnels (CFEP) de Nkok. Cette initiative illustre parfaitement la stratégie de formation pré-embauche, avec une répartition théorie/pratique évoluant vers 20% de théorie et 80% de pratique pour garantir une adéquation formation-emploi optimale.
Exemples concrets en Afrique francophone
Des initiatives sectorielles porteuses
Plusieurs secteurs d’activité au Gabon développent des approches innovantes de formation pré-embauche :
Secteur énergétique et industriel
Des entreprises comme TotalEnergies, à travers le Centre de Spécialisation Professionnelle de Port-Gentil, forment spécifiquement des techniciens en maintenance industrielle avec un taux d’employabilité de 81%. Cette approche répond directement aux besoins du secteur énergétique gabonais.
Secteur du bois
Avec l’intensification de la 2ème et 3ème transformation du bois, les entreprises développent des programmes de pré-qualification de 6 à 12 mois, combinant formation théorique et immersion progressive en atelier. Cette approche permet de former des techniciens parfaitement adaptés aux spécificités de la transformation du bois gabonais.
Secteur minier
Face aux nouveaux projets d’exploitation du manganèse (Okondja, Okouma) et du fer (Banianka, Belinga), les entreprises minières créent des « centres de formation intégrée » pour préparer les futurs opérateurs aux technologies extractives spécifiques au Gabon.
Les bénéfices pour l’écosystème économique gabonais
Un cercle vertueux pour l’emploi local
La stratégie de formation pré-embauche contribue à dynamiser l’écosystème local de l’emploi et de la formation au Gabon. En investissant dans le développement des compétences avant le recrutement, les entreprises participent à l’élévation du niveau global de qualification dans un pays où l’amélioration du capital humain constitue un enjeu stratégique national.
Cette approche présente des bénéfices à trois niveaux dans le contexte gabonais :
- Pour l’entreprise : accès à des compétences parfaitement adaptées aux réalités locales et fidélisation renforcée
- Pour les candidats : acquisition de compétences valorisables sur le marché gabonais et perspective d’emploi sécurisée
- Pour le territoire : développement de l’employabilité locale et contribution aux objectifs de diversification économique
Une réponse aux enjeux d’inclusion
Former avant de recruter permet également de favoriser l’inclusion professionnelle de publics parfois éloignés de l’emploi, particulièrement crucial au Gabon où les inégalités d’accès à l’emploi persistent. En se concentrant sur le potentiel et la motivation plutôt que sur les diplômes acquis, cette approche ouvre de nouvelles opportunités, notamment pour les 26% des jeunes de 25-34 ans au chômage.
Contribution aux objectifs nationaux
Cette stratégie s’inscrit parfaitement dans le Plan National de Développement pour la Transition 2024-2026 du Gabon qui vise une croissance de 2,9% portée par la diversification économique et le développement du capital humain. En formant les compétences nécessaires aux secteurs stratégiques, les entreprises contribuent directement aux objectifs de transformation structurelle de l’économie gabonaise.
Vers une transformation durable des pratiques RH au Gabon
La formation pré-embauche ne représente pas une mode passagère mais bien une évolution structurelle des pratiques de recrutement adaptée aux défis spécifiques du Gabon. Face aux transformations économiques en cours et aux ambitions de diversification, les entreprises qui sauront anticiper et former leurs futurs talents disposeront d’un avantage concurrentiel décisif sur le marché gabonais.
Cette approche nécessite un changement de paradigme dans la fonction RH : passer d’une logique de recrutement réactif à une stratégie proactive d’identification et de développement des talents gabonais. Les entreprises pionnières, notamment celles qui utilisent des plateformes innovantes pour la mise en relation et la formation, constatent déjà des bénéfices tangibles en termes de qualité de recrutement, de rapidité d’intégration et de fidélisation des collaborateurs.
L’avenir du recrutement au Gabon se dessine donc autour de partenariats renforcés entre entreprises, organismes de formation et candidats, dans une logique gagnant-gagnant qui répond aux défis contemporains du marché de l’emploi local. Cette transformation s’appuie sur un écosystème institutionnel renforcé (ENSET, CFPP, nouveaux instituts) et sur des outils innovants qui placent la formation et le développement des compétences au cœur de la stratégie RH, contribuant ainsi à la construction d’une économie gabonaise plus inclusive et plus compétitive.