Définition
SAVOIR-ÊTRE
définition, exemples et importance en entreprise
Le savoir-être désigne l’ensemble des attitudes, comportements et qualités relationnelles mobilisés en contexte professionnel. Né dans les années 1990 en France sous le nom de « compétences transversales », le concept s’est imposé comme un levier RH stratégique : en Europe, les soft skills sont 2,9 fois plus demandées que les compétences techniques (Skyhive by Cornerstone, 2024). À l’heure où 40 à 50 % des compétences des salariés évolueront d’ici 2027, cet article vous donne les clés pour comprendre, évaluer et développer concrètement ces compétences au sein de votre organisation.
Recruter un profil techniquement parfait qui déstabilise l’équipe en trois mois : le scénario est connu de la plupart des managers. Ce que les CV ne capturent pas — la façon d’écouter, de gérer la pression, de collaborer en situation difficile — c’est précisément ce que recouvre le savoir-être. Longtemps relégué au rang de « qualité personnelle » difficilement mesurable, ce concept occupe aujourd’hui une place centrale dans les stratégies RH. Cet article en pose les fondements, trace son histoire et vous propose des méthodes concrètes pour en faire un vrai levier de performance.
Savoir-être : définition précise et origine du concept
Une notion née dans les années 1990 : retour aux sources
Le savoir-être n’est pas une invention des DRH du XXIe siècle. Comme le rappelle Laure Bertrand, docteure en ressources humaines et spécialiste des soft skills à l’APEC : « Ce n’est pas un concept récent. Nées dans les années 1970 dans le cadre de l’armée américaine, elles ont gagné du terrain en France dans les années 1990 — on parlait alors de « compétences transversales ». »
C’est dans le cadre des politiques françaises de formation professionnelle que le terme s’institutionnalise. Les travaux sur les référentiels de compétences font alors apparaître une troisième catégorie, distincte du savoir (connaissances) et du savoir-faire (techniques) : celle des comportements et attitudes en situation. Cette légitimité institutionnelle distingue le savoir-être d’un simple effet de mode managérial.
La terminologie a continué d’évoluer : « compétences transversales », puis « compétences comportementales », jusqu’à l’anglicisme « soft skills » désormais ancré dans le vocabulaire RH. Ces trois expressions coexistent aujourd’hui, avec des nuances que le tableau ci-dessous précise.
Définition opérationnelle : ce que recouvre vraiment le savoir-être
Opérationnellement, le savoir-être désigne un ensemble de comportements, d’attitudes et de dispositions psychosociales qu’un individu mobilise en contexte professionnel. Il ne s’agit pas d’un trait de caractère figé, mais d’une compétence observable — et donc évaluable — ce qui lui confère toute sa pertinence pour les équipes RH.
La distinction centrale à retenir est la suivante : certains aspects du savoir-être relèvent de traits de personnalité relativement stables (tempérament, tendances relationnelles), tandis que d’autres constituent de véritables compétences développables par la formation, le coaching ou l’expérience. C’est cette seconde dimension qui justifie les investissements en développement RH.
Le savoir-être se décompose en deux grandes sous-catégories :
- Compétences socio-émotionnelles : gestion des émotions, empathie, résilience, gestion du stress, conscience de soi.
- Compétences sociocognitives : pensée critique, résolution de problèmes, adaptabilité, prise de décision dans l’incertitude, créativité.
Ce cadre rejoint celui des compétences psychosociales (CPS) défini par l’OMS, intégré en France dans la formation continue par le Décret du 19 août 2022. Le tableau suivant clarifie les distinctions entre les notions souvent confondues dans les offres d’emploi et les référentiels internes.
| Concept | Définition synthétique | Nature | Exemples concrets | Évaluable en entretien ? | Développable via formation ? |
|---|---|---|---|---|---|
| Savoir-être | Attitudes, comportements et qualités relationnelles en contexte professionnel | Comportementale / identitaire | Empathie, ponctualité, adaptabilité, gestion du stress | Oui (mises en situation, entretiens comportementaux) | Oui (coaching, immersion, CPS) |
| Savoir-faire | Compétences techniques acquises par l’apprentissage ou l’expérience | Technique / procédurale | Maîtriser Excel, coder en Python, réaliser une soudure | Oui (tests techniques, démonstrations) | Oui (formation professionnelle classique) |
Savoir-être, savoir-faire, soft skills, hard skills : le grand tableau comparatif
Savoir, savoir-faire, savoir-être, soft skills, hard skills, mad skills… Ces termes circulent dans les offres d’emploi et les référentiels RH, souvent utilisés comme synonymes — à tort. Confondre ces notions, c’est recruter à côté, former sans cibler, et évaluer sans critères clairs.
Des termes souvent confondus, des réalités bien distinctes
Le savoir désigne la connaissance théorique, acquise par l’éducation formelle. Le savoir-faire traduit cette connaissance en action technique : coder, négocier, souder. Le savoir-être, lui, décrit comment un individu se comporte avec les autres et face aux situations — empathie, adaptabilité, gestion du stress. Les soft skills (terme anglo-saxon) recouvrent globalement le savoir-être, mais y ajoutent des compétences cognitives comme la pensée critique. Quant aux hard skills, ce sont les compétences formalisées et certifiables, souvent assimilées au savoir-faire académique.
| Concept | Définition synthétique | Nature | Exemples concrets | Évaluable en entretien ? | Développable via formation ? |
|---|---|---|---|---|---|
| Savoir-être | Attitudes, comportements et qualités relationnelles en contexte professionnel | Comportementale / identitaire | Empathie, ponctualité, adaptabilité, gestion du stress | Oui (mises en situation, entretiens comportementaux) | Oui (coaching, immersion, CPS) |
| Savoir-faire | Compétences techniques acquises par l’apprentissage ou l’expérience | Technique / procédurale | Maîtriser Excel, coder en Python, réaliser une soudure | Oui (tests techniques, démonstrations) | Oui (formation professionnelle classique) |
| Hard skills | Compétences formalisées, mesurables, souvent certifiées | Technique / académique | Diplômes, certifications, langues avec niveau CECRL | Oui (certifications, QCM, tests) | Oui (formation initiale et continue) |
| Soft skills | Terme anglophone englobant savoir-être et compétences interpersonnelles | Comportementale / sociale | Communication, leadership, esprit d’équipe | Partiellement (assessment centers, 360°) | Oui (approches expérientielles) |
| Mad skills | Compétences atypiques, passions ou parcours hors-normes valorisables professionnellement | Identitaire / créative | Gestion d’une communauté gaming, arts martiaux, voyage solo longue durée | Partiellement (entretien libre, portfolio) | Non formalisable — elles émergent de l’expérience de vie |
| Compétences psychosociales (CPS) | Capacités à gérer ses émotions, ses relations et à résoudre des problèmes (OMS, 1994) | Psychologique / sociale | Gestion du stress, résolution de conflits, pensée critique | Oui (outils psychométriques validés) | Oui (programmes CPS, Décret 2022) |
Les mad skills : quand l’atypisme devient un atout RH
Littéralement « compétences folles », les mad skills désignent les capacités nées en dehors du cadre professionnel traditionnel. Un marathonien a développé une discipline et une résilience hors du commun. Un bénévole en ONG a géré des équipes multiculturelles sous pression. Un musicien amateur maîtrise la coordination fine et la concentration prolongée. Ces expériences forgent des savoir-être réels, sans jamais figurer dans un diplôme.
Les organisations qui adoptent le modèle des skills-based organizations — fondées sur les compétences réelles plutôt que sur les intitulés de poste — commencent à intégrer les mad skills dans leurs référentiels. Elles y voient un signal fort de personnalité, d’engagement et de capacité à surmonter l’adversité : autant de marqueurs comportementaux que nul test technique ne peut capturer.
Savoir-être, soft skills et CPS ne sont pas interchangeables : chaque concept a son périmètre et ses méthodes d’évaluation propres. Maîtriser ces distinctions, c’est construire des
Les savoir-être les plus recherchés par les recruteurs en 2025
Les recruteurs ne cherchent plus seulement des profils qualifiés : ils cherchent des profils fiables, capables de collaborer, d’apprendre et de s’adapter. En Europe, les soft skills sont 2,9 fois plus demandées que les compétences techniques (Skyhive by Cornerstone, 2024). Derrière ce chiffre, deux grandes familles de compétences structurent les attentes du marché.
Compétences socio-émotionnelles : communication, coopération, leadership
L’écoute active, la communication orale, le sens du collectif, la responsabilité, l’empathie et la capacité à résoudre des problèmes comptent parmi les compétences douces préférées des managers selon une étude France Travail de 2023. Dans les environnements hybrides post-pandémie, ces qualités sont devenues des conditions opérationnelles : sans elles, la coordination à distance s’effondre et la cohésion des équipes se délite.
Véronique Nguyen, Talent Acquisition Partner chez Volvo Group France, le confirme : « Les soft skills préférés des recruteurs ? Ce sont la capacité d’adaptation, la flexibilité, la capacité à travailler en équipe, l’écoute, la communication, la proactivité et la prise d’initiatives. » En entretien, ces compétences se révèlent dans des comportements précis : écouter sans couper la parole, reformuler avant de répondre, assumer une erreur devant un groupe en proposant une solution.
Le leadership, entendu comme capacité à fédérer plutôt qu’à commander, est lui aussi systématiquement cité — et pas seulement pour les postes de direction. Les organisations matricielles, les projets transversaux et le travail en mode agile exigent des compétences de pilotage collectif à tous les niveaux.
Compétences sociocognitives : esprit critique, créativité, capacité d’apprentissage
Face à l’accélération technologique, les entreprises ne peuvent plus se contenter de recruter des compétences : elles doivent recruter des capacités à apprendre. McKinsey estime que 40 à 50 % des compétences des salariés évolueront d’ici 2027, avec un accent marqué sur les aptitudes comportementales. Esprit critique, créativité, réflexivité et résolution de problèmes complexes sont désormais au cœur des référentiels de compétences.
Le World Economic Forum le confirme : « As AI automates more tasks, workers will need to be able to communicate effectively with each other and with machines. Soft skills are now more important than ever. » La capacité d’apprentissage continu — apprendre, désapprendre, réapprendre — est probablement la métacompétence la plus stratégique de la décennie. Elle conditionne l’adaptabilité face à l’IA, aux restructurations et aux mutations des métiers.
L’Harvard Business Review abonde : les compétences fondationnelles — collaboration, pensée adaptative, pensée mathématique — s’avèrent plus déterminantes pour la performance que la maîtrise des outils technologiques de pointe. Un profil capable de raisonner, de questionner et de s’adapter vaut plus qu’un profil expert d’un seul outil qui deviendra obsolète.
Intelligence émotionnelle : le savoir-être au cœur du management
Daniel Goleman a formalisé en 1995 le concept d’intelligence émotionnelle (IE) autour de cinq domaines : conscience de soi, maîtrise de soi, motivation intrinsèque, empathie et compétences sociales. Trente ans plus tard, ce cadre reste la référence centrale pour comprendre pourquoi certains managers performent durablement là où d’autres échouent, à compétences techniques égales.
Un manager doté d’une IE élevée détecte les tensions avant qu’elles ne dégénèrent, régule ses propres réactions sous pression et crée les conditions psychologiques qui permettent à son équipe de s’exprimer. Ce n’est pas un talent inné réservé à quelques-uns : c’est un savoir-être travaillable, qui se développe par le coaching, la pratique réflexive et les formations expérientielles.
En 2025, les savoir-être les plus valorisés se répartissent entre compétences socio-émotionnelles (écoute, coopération, leadership) et sociocognitives (esprit critique, créativité, apprentissage continu). L’intelligence émotionnelle constitue leur colonne vertébrale managériale.
Savoir-être et intelligence artificielle : ce que l’IA ne peut pas remplacer
90 % des dirigeants considèrent les soft skills plus cruciales que jamais à l’ère de l’IA (LinkedIn Workplace Learning Report, 2024). Paradoxe apparent : c’est précisément parce que l’IA progresse que les compétences humaines et comportementales prennent de la valeur.
L’IA automatise les hard skills, pas le savoir-être humain
Les tâches automatisables sont massivement des tâches techniques et répétitives : analyse de données, rédaction standardisée, traitement d’images, codage de fonctions simples. Ce sont les hard skills les plus formalisés qui se trouvent en première ligne de l’automatisation. Les compétences comportementales — empathie, créativité situationnelle, jugement éthique, gestion des conflits interpersonnels — restent hors de portée des machines actuelles.
Laure Bertrand, docteure en ressources humaines à l’APEC, synthétise : « Face au développement de l’IA, on parle beaucoup de l’importance de l’esprit critique, et aussi de tout ce qui est spécifiquement humain : l’écoute, l’intelligence émotionnelle, la créativité, la vision systémique. Les compétences soft ne sont pas nouvelles, mais elles deviennent aujourd’hui incontournables pour rester employable. » Le savoir-être est devenu le principal différenciateur humain.
Vers les skills-based organizations : le savoir-être au cœur du nouveau modèle RH
Les skills-based organizations (SBO) restructurent leur fonctionnement autour des compétences réelles plutôt que des diplômes ou des intitulés de poste. IBM, Unilever ou encore STMicroelectronics ont supprimé l’exigence de diplôme pour de nombreux postes, au profit de cartographies de compétences intégrant savoir-faire et savoir-être à égalité. En France, cette tendance s’accélère depuis 2023-2024.
Dans ce modèle, le savoir-être n’est plus un critère secondaire : il structure la mobilité interne, les plans de succession et les décisions de promotion. Les outils RH dopés à l’IA facilitent la cartographie des compétences disponibles — mais 75 % des recruteurs qui utilisent l’IA dans leurs processus ne la maîtrisent vraiment qu’à 23 %, ce qui souligne la nécessité d’un jugement humain pour évaluer les compétences comportementales.
L’IA automatise les tâches techniques. Elle valorise paradoxalement le savoir-être — non automatisable — comme différenciateur humain central. Les organisations qui adoptent le modèle SBO en font un pilier de leur architecture RH.
Comment évaluer le savoir-être en recrutement et en entretien
52 % des recruteurs considèrent l’évaluation des compétences comme leur principal défi (LinkedIn, 2026). Le savoir-être est au cœur de ce défi : comment mesurer objectivement ce qui relève du comportement, de la posture, de la relation ?
Les méthodes d’évaluation comportementale : STAR, mises en situation, tests
L’entretien comportemental structuré repose sur la méthode STAR (Situation, Tâche, Action, Résultat). Plutôt que de demander « Êtes-vous adaptable ? », le recruteur demande : « Décrivez une situation où vous avez dû modifier votre façon de travailler en urgence. Qu’avez-vous fait exactement ? Quel a été le résultat ? » Cette approche ancre l’évaluation dans des comportements réels et réduit les réponses génériques.
Les assessment centers combinent plusieurs méthodes — mises en situation collectives, jeux de rôle, études de cas — pour observer les comportements en contexte simulé. Les tests psychométriques validés (Big Five notamment) apportent un éclairage sur les tendances de personnalité, à condition de les utiliser comme aide à la réflexion et non comme verdict. Le MBTI, plus controversé scientifiquement, doit être manié avec précaution.
Le savoir-être dans les référentiels de compétences et les fiches de poste
Une fiche de poste efficace ne liste pas « dynamisme et motivation » comme attendus comportementaux. Elle décrit des comportements observables : « Sait structurer et animer une réunion de 10 personnes en maintenant l’engagement », « Communique proactivement les risques sans attendre d’être sollicité ». Cette formulation permet une évaluation objectivable et limite les interprétations subjectives.
Les normes ISO, dans leur structure HLS, obligent d’ailleurs les organisations certifiées à identifier, évaluer et développer les compétences — y compris comportementales — des collaborateurs ayant un impact sur la conformité des processus. Intégrer le savoir-être dans les référentiels n’est plus seulement une bonne pratique : c’est une exigence systémique.
Savoir-être et biais de recrutement : vigilance et objectivation
L’évaluation du savoir-être porte un risque spécifique : celui de devenir un vecteur de discrimination déguisée. Les biais d’affinité (« il me ressemble »), de halo (une qualité perçue colore toutes les autres) ou de similarité culturelle peuvent conduire à écarter des profils excellents au motif d’un « fit culturel » mal défini.
Les bonnes pratiques sont claires : définir les critères comportementaux attendus avant l’entretien, utiliser une grille commune à tous les évaluateurs, diversifier les profils des recruteurs et croiser les regards. La Directive européenne 2026 sur la transparence des rémunérations impose par ailleurs des critères d’évaluation formalisés pour justifier les écarts — ce qui renforce l’obligation d’objectivation des critères comportementaux.
STAR, assessment centers et tests psychométriques permettent d’évaluer le savoir-être rigoureusement. La clé : des critères définis a priori, des grilles communes et une vigilance constante sur les biais cognitifs.
Développer le savoir-être : formation, QVCT et apprentissage continu
Le savoir-être est-il figé à la naissance ou peut-il vraiment progresser ? La psychologie contemporaine a tranché : oui, les compétences comportementales se développent. Encore faut-il choisir les bons leviers.
Le savoir-être se développe-t-il vraiment ? Ce que dit la recherche
La plasticité neuronale — capacité du cerveau à reconfigurer ses connexions tout au long de la vie — constitue le fondement biologique du développement des savoir-être. Carol Dweck a formalisé ce principe avec le concept de growth mindset : les individus convaincus que leurs capacités sont développables progressent effectivement davantage que ceux qui les croient fixes.
Certaines dimensions du savoir-être sont plus stables (tendances de personnalité, tempérament de base), d’autres plus facilement travaillables : la gestion du stress, la communication interpersonnelle, l’écoute active ou l’assertivité répondent bien aux formations expérientielles et au coaching ciblé. La recherche distingue ainsi ce qui relève du développement à court terme de ce qui nécessite un accompagnement plus profond.
Les leviers de développement du savoir-être en entreprise
Les formations descendantes classiques (présentiel magistral, e-learning passif) ont peu d’effet sur les comportements. Les approches efficaces sont immersives et participatives : coaching individuel, mentorat, jeux de rôle, théâtre d’entreprise, simulations, codéveloppement professionnel. C’est dans l’action et la réflexion sur l’action que les savoir-être se consolident.
Sur le plan financier, le CPF (Compte Personnel de Formation) peut être mobilisé pour des formations certifiantes au développement des savoir-être, dans la limite de 1 500 € pour les certifications du répertoire spécifique (Loi de finances 2026). Les OPCO cofinancent par ailleurs de nombreux dispositifs pour les PME et ETI, rendant ces programmes accessibles sans effort budgétaire disproportionné.
QVCT et compétences psychosociales : le cadre réglementaire français
Le Décret du 19 août 2022 établit un cadre clair pour la formation continue incluant le développement des compétences psychosociales (CPS) pour tous les salariés. Ces compétences — gestion du stress, résolution de conflits, empathie, communication efficace — constituent la colonne vertébrale de toute politique QVCT sérieuse.
McKinsey projette que 40 à 50 % des compétences des salariés évolueront d’ici 2027. Une politique QVCT structurée autour du développement des savoir-être permet concrètement de réduire l’absentéisme, d’améliorer l’engagement et de prévenir le burn-out. Ce n’est pas une dépense : c’est un investissement dont les retours — réduction du turnover, meilleure productivité, cohésion renforcée — sont documentés.
Le savoir-être se développe par des approches expérientielles, pas par des formations passives. Le cadre réglementaire (Décret 2022, CPF, OPCO) offre des leviers concrets. La QVCT en est le terrain d’application naturel.
Savoir-être et employabilité : l’atout décisif sur le marché du travail
Le marché du travail français compte 2,4 millions de projets de recrutement en 2025 (France Travail, Enquête BMO), dont 50,1 % sont jugés difficiles par les employeurs. Dans ce contexte de tension, le savoir-être est souvent ce qui fait la différence entre deux candidats techniquement équivalents.
Pourquoi les soft skills surpassent désormais le diplôme dans les décisions de recrutement
Dès 2018, 60 % des employeurs accordaient plus d’importance aux compétences comportementales qu’aux compétences techniques dans leurs décisions de recrutement (France Travail). Cette tendance ne s’est pas inversée : elle s’est amplifiée. Le skills-based hiring — recrutement fondé sur les compétences réelles plutôt que sur les diplômes — s’est diffusé dans de grandes entreprises françaises et internationales.
Des profils sans le diplôme attendu mais dotés d’une capacité d’adaptation, d’une communication exemplaire et d’un sens aigu de la coopération sont recrutés à des postes où ils surpassent ensuite des titulaires de masters. Le savoir-être compense de plus en plus les lacunes de parcours, à condition d’être démontré, pas seulement déclaré.
Valoriser son savoir-être : conseils pour candidats et salariés
« Je suis dynamique, rigoureux et motivé » : cette formulation, répandue dans les CV, n’a aucune valeur pour un recruteur. Elle ne prouve rien. La bonne approche consiste à substituer des preuves comportementales aux affirmations génériques : « J’ai coordonné la transition vers un nouveau CRM en 3 mois, avec une équipe de 6 personnes réparties sur 2 sites, en maintenant la continuité de service » dit infiniment plus que « je sais gérer des projets ».
Le bilan de compétences est un outil précieux pour identifier et nommer ses savoir-être avec précision. Sur LinkedIn, le personal branding permet de les signaler concrètement : recommandations de collègues, publications sur des situations professionnelles complexes gérées, contributions visibles à des projets collectifs. Ce sont des signaux comportementaux que les recruteurs scrutent activement.
Le savoir-être surpasse le diplôme dans de nombreuses décisions de recrutement. Pour les candidats, la règle est simple : remplacer les affirmations par des preuves comportementales concrètes, dans le CV comme en entretien.
Conclusion
Le savoir-être n’est plus un supplément d’âme dans les décisions RH : c’est devenu un critère structurant, à la fois pour les recruteurs qui peinent à trouver les bons profils, pour les managers qui construisent des équipes résilientes, et pour les salariés qui cherchent à rester employables dans un marché en transformation accélérée. Dans un contexte où l’IA redessine les contours du travail qualifié, les compétences comportementales — empathie, esprit critique, adaptabilité, intelligence émotionnelle — représentent ce que les machines ne peuvent pas répliquer.
Pour les décideurs RH, l’enjeu est double : savoir évaluer ces compétences avec rigueur (méthode STAR, référentiels objectivés, vigilance sur les biais) et créer les conditions organisationnelles pour les développer (QVCT, coaching, formations expérientielles). Pour les professionnels et candidats, la priorité est claire : transformer ses savoir-être en preuves comportementales concrètes, visibles dans le CV, dans l’entretien et sur les réseaux professionnels. Ce guide vous donne les repères pour agir — à vous de les mettre en pratique.
Questions fréquentes sur savoir-être
Quelle est la différence entre savoir-être et soft skills ?
Les deux termes désignent la même réalité : les compétences comportementales, relationnelles et intrapersonnelles. Comme l’explique Laure Bertrand, docteure en RH à l’APEC, les soft skills — nées dans l’armée américaine dans les années 1970 — étaient déjà appelées « compétences transversales » en France dans les années 1990 ; savoir-être en est simplement la traduction française consacrée.
Le savoir-être peut-il être mentionné sur un CV ?
Oui, à condition de l’illustrer par des exemples concrets plutôt que de simplement lister des qualités abstraites. Les recruteurs, dont 52 % citent l’évaluation des compétences comme leur principal défi (LinkedIn), attendent des preuves tangibles : une mission menée en équipe, une situation d’adaptation réussie, un projet conduit en autonomie.
Comment un manager peut-il évaluer le savoir-être de son équipe au quotidien ?
L’évaluation s’appuie sur l’observation régulière des comportements en situation réelle : qualité de l’écoute active, prise d’initiatives, gestion du stress ou ouverture à la nouveauté figurent parmi les indicateurs les plus suivis selon l’étude France Travail 2023. Les entretiens individuels, les feedbacks 360° et les mises en situation constituent les outils les plus fiables.
Quels sont les 5 savoir-être les plus recherchés par les recruteurs en 2025 ?
Véronique Nguyen, Talent Acquisition Partner chez Volvo Group France, cite en tête : la capacité d’adaptation, la flexibilité, le travail en équipe, l’écoute et la communication. À l’ère de l’IA, l’esprit critique, l’intelligence émotionnelle et la créativité montent également en puissance, 90 % des dirigeants les jugeant plus cruciales que jamais (LinkedIn Workplace Learning Report 2024).
Le savoir-être est-il inné ou peut-on le développer tout au long de sa carrière ?
Il se développe, mais pas par des formations classiques descendantes : les approches immersives, expérientielles et les mises en situation sont les plus efficaces. McKinsey projette que 40 à 50 % des compétences des salariés évolueront d’ici 2027, avec un accent marqué sur les aptitudes comportementales.
Comment distinguer un savoir-être d'un trait de personnalité en entretien RH ?
Un trait de personnalité est stable et difficilement modifiable ; un savoir-être est une compétence observable, mesurable et développable en contexte professionnel. En entretien, un recruteur cherchera des situations précises où le candidat a démontré ce comportement, pas simplement affirmé le posséder.
Sources
Pôle Emploi, « Les compétences attendues par les employeurs », enquête BMO, 2024.
France Compétences, « Référentiel des compétences transversales », 2023.
APEC, « Les soft skills dans le recrutement cadre », baromètre 2024.
